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Inde : les Illuminati imposent un nouveau mode de recensement pour une nouvelle dictature, par Laurent Glauzy

Depuis avril 2010, l’Inde s’est dotée d’un équipement numérique pour scanner l’iris et les empreintes digitales de sa population. Cette technologie de pointe servira à recenser plus de 1,2 milliard d’habitants. Soutenu par des programmateurs indiens en exil dans la Silicon Valley, un de leur compatriote qui a fait fortune dans les technologies de l’information, a mis au point une organisation gigantesque pour faire face aux exigences du plus important recensement jamais pratiqué. Alors que l’Inde montre une grande ferveur technologique et aspire au pouvoir mondial, les instances politiques ne savent pas de manière précise combien de personnes vivent sur ce territoire. Des centaines de millions d’Indiens n’ont aucun papier d’identité. Une armée d’informaticiens s’est donc mobilisée pour conduire une immense population d’« invisibles » dans le monde moderne. Le projet biométrique s’appelle Aadhaar, traduit par le mot « base »[1].

Un numéro d’identité unique et valable à vie

Une Indienne se présente avec tout ce qu’elle possède : des colliers en argent, des bracelets et son bien le plus précieux, des ornements du même métal décorant ces nattes. « Cela fait en tout dix kilos. C’est un peu comme une assurance vie », dit-elle avec fierté. Appartenant au peuple nomade des Lambadas, cette femme de cinquante ans n’est pas répertoriée par l’administration : elle ne possède pas de compte en banque, aucun logement fixe et aucun papier d’identité. « Officiellement elle n’a rien », confirme Srinivasa Rao, un des responsables chargés du recensement. La mission de ce fonctionnaire est de changer cette réalité. Une petite maison de Harshaguda, village situé à proximité d’Hyderâbâd (État fédéral d’Indhra Pradesh) dans le sud de l’Inde, accueille des villageois pour procéder à leur enregistrement. Une paysanne tire du pli de sa robe-portefeuille quelques documents administratifs avec lesquels elle peut « justifier » son existence. Ce sont la copie froissée d’une vieille facture d’électricité, la carte pour des rations alimentaires et une carte d’électeur. « C’est celle de mon mari. La mienne a été mangée par les rats », expose-t-elle avec confusion. S. Rao lui montre le scanner qu’il va poser devant ses yeux. « Je n’ai jamais vu pareille chose », s’exclame-t-elle. Les yeux grand ouverts, elle fixe l’objet. « Nous avons enregistré les caractéristiques de votre iris », l’informe Rao. Pour effectuer le prélèvement des empreintes digitales, elle doit à présent poser ses mains sur la plaque de verre d’un autre appareil. Un reçu lui est remis pour attester qu’elle a bien été recensée. S. Rao lui explique que dans deux semaines, le facteur lui apportera un numéro unique et valable à vie composé de douze chiffres. Ce sera son identité.

« Personnes n’a osé utiliser ce processus à une telle dimension », expose S. Rao. Chaque jour, il voyage avec un système de transmission de données sur les chemins cahoteux des campagnes. En Inde, à cause de la corruption et de la mauvaise gestion, de nombreux projets audacieux sont demeurés inexploités. Les scientifiques et les politiciens ont confiance dans le succès de cette initiative révolutionnaire. Nandan Nilekani est à l’origine du projet consistant à former un fichier à partir d’informations personnelles. Âgé de cinquante-cinq ans, il est un des Indiens les plus riches du pays, un milliardaire qui s’est fait à la force du poignet. Cofondateur d’Infosys, géant indien de prestation de services informatiques (Software) fondé en 1981 et employant plus de quatre-vingt mille personnes, il est surnommé le « Bill Gates de Bangalore ». N. Nilekani porte ce surnom avec fierté en raison des bienfaits de son exemple américain. « Je veux mettre ma main-d’œuvre au service du peuple », affirme ce pionnier, pendant que les coups de klaxons et les cris de la rue pénètrent dans son bureau de New Dehli.

100 millions d’enregistrements jusqu’en 2012

Le Premier ministre Manmohan Singh lui confia personnellement le projet Aadhaar et le convoqua comme un membre du cabinet. Pour annoncer le projet, N. Nilekani a fait composer une chanson qui passe sur les ondes en une dizaine de langues différentes. « Les gens viennent dans un magasin à vélos, et ils entendent la chanson », se réjouit l’homme d’affaires. Le Projet d’identification unique, appellation officielle pour le grand recensement des Indiens, est une forme de consécration pour le géant des technologies de l’information. Afin de mener à bien cette initiative, N. Nilekani a fait venir les meilleurs experts indiens du Software travaillant aux États-Unis pour Sun, Oracle et Microsoft. Une grande majorité d’entre eux répondit favorablement à l’appel. Ils construisirent une entreprise start-up appartenant à l’État. « Au début, nous avons loué un appartement à Bangalore », déclare le milliardaire. La technologie de l’information servira pour sa part à optimiser l’outil. Un Software de cryptographie sera ensuite nécessaire pour que les pirates de l’informatique ne puissent pas s’emparer des données.

Le peuple indien constitue un nouveau défi pour les informaticiens. Afin que plus d’1,2 milliard de personnes soient enregistrées sans risque de doublons, ces derniers veulent savoir combien d’informations personnelles seront nécessaires. N. Nilekani répond que « même la banque de données du FBI contient seulement une centaine de millions de personnes. Nous avons décidé de scanner les empreintes digitales des dix doigts et en plus celles de l’iris des deux yeux. Chez les personnes travaillant péniblement, au cours de leur vie, les empreintes digitales peuvent disparaître ». Et parmi les Indiens les plus pauvres, faute de soins, l’iris peut devenir opaque. Le Software condense sur deux mégabits chaque enregistrement. Ce projet pharaonique a demandé beaucoup de temps : cent millions d’enregistrements soient répertoriés d’ici la fin 2012, et les six cent autres millions pour les quatre années suivantes.

Le comité directeur d’une banque soutient N. Nilekani. Le directeur de la banque pense que « ce projet a l’envergure d’un prix Nobel ».Il a signé un contrat pour avoir l’autorisation de participer au recensement en scannant l’iris et les empreintes digitales de sa clientèle. Un compte en banque est attribué en même temps qu’un numéro d’identité. N. Nilekani considère ce procédé comme un bienfait, car « sans compte en banque, des millions d’Indiens sont privés de l’accès au crédit et sont condamnés à rester dans la misère ». Le milliardaire a écrit un livre dans lequel il étaye sa vision : Imagining India est un Best-seller vantant la globalisation et les bienfaits d’Internet qui, selon lui, sont un excellent moyen pour dynamiser l’économie. Dans les villages isolés de l’Andhra Pradesh, le recensement est devenu un signe d’espoir pour sortir de la pauvreté. C’est le cas de Tummuluru et de ses 3 500 habitants, souhaitant que le XXIe siècle tombera sur leur village comme une pluie de mousson. Un paysan s’est vêtu de sa chemise blanche pour se présenter au recensement avec sa femme brillant de mille éclats dans son sari. Le couple est accompagné de ses trois filles vêtues de l’uniforme blanc-bleu de l’école. Avec son numéro d’identité, l’homme désire être le premier à ouvrir un compte. « Je veux économiser pour ouvrir une épicerie », confie-t-il. Cultivateur de riz, il ne veut plus vivre avec quarante euros par mois. Un compte en banque, des papiers d’identité et un numéro de recensement l’aideront à sortir de la précarité.

L-1 Identity Solutions en relation avec le FBI et la CIA

Le paysan, un intouchable, est persuadé qu’Aadhaar deviendra une première étape pour sortir du système traditionnel des castes. Usha Ramanathan, avocate à New Dehli et opposante la plus marquée contre Aadhaar n’est pas de cet avis. Elle affirme qu’« avec le projet de biométrie, le système de caste se trouve directement cimenté.  Même des personnes qui ont réussi dans les villes, peuvent être rattrapées par leur origine à cause du digital ». N. Nilekani se gausse de ces paroles : « On relève seulement les données essentielles. Le nom, l’âge, le sexe, qu’y a-t-il de problématique à cela ? » Le milliardaire ne dit pas que les Etats fédéraux sont autorisés à rentrer des données supplémentaires. Dans l’Indhra Pradesh, les candidats au recensement doivent renseigner plus de quinze domaines, y compris celui de la caste d’appartenance. Face à cette ingérence de la biométrie, « seulement une personne a refusé d’indiquer son origine », souligne U. Ramanathan, ajoutant que « les plus démunis n’ont pas le choix : sans enregistrement, pas de ration alimentaire ».Elle redoute également le vol et la mauvaise utilisation des données : l’entrepriseaméricaine L-1 Identity Solutions quidispose des meilleurs liens avec le FBI et les services secrets de la CIA, collabore à la mise en fonction d’Aadhaar.

[1]    « qaida » en arabe, se traduit par la « base ». Des orientalistes comme Nadine Picaudou (historienne et chercheuse au Centre d’études et de recherches sur le Moyen-Orient contemporain) attribuent à cette mouvance la valeur sémantique de « base de données (informatiques) ». Notre monde se dotant d’un lexique ésotérique, compterait ainsi différentes formes de « bases ».

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