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Anaïs passionne les foules avec ses tisanes‏

Derrière son étal du marché, Anaïs vend ses tisanes. Difficile d’imaginer que cette jeune femme est devenue une héroïne du web. Un film tourné pendant deux ans raconte les embûches auxquelles a été confrontée l’herboriste pour se lancer : Anaïs s’en va-t-en guerre a été vu plus de 500 000 fois sur la toile. Il sera diffusé à l’automne sur France 4. Récit d’une improbable success story.

Anaïs a 24 ans. Un champ en Bretagne. Rien ne l’arrête. Ni l’administration, ni les professeurs misogynes, ni le tracteur en panne, ni les caprices du temps, ni demain ne lui font peur. Elle est portée par son rêve de toujours, celui de devenir agricultrice et de cultiver des plantes aromatiques.

Anaïs s’en va-t-en guerre от Seraphin на Rutube.

- Rennes, correspondance

46 minutes, un budget de 50 000€, dix fois moins que la moyenne des documentaires français et le film «Anaïs s’en va-t-en guerre» rencontre un véritable succès.

Après une première diffusion sur TV Rennes en avril, il a été projeté début juin au festival Étonnants Voyageurs à St Malo. À la sortie de la salle, les commentaires des spectateurs sont unanimes : «Enthousiasmant», «que d’énergie!», «j’aimerais avoir une petite-fille comme elle, avec autant de force et de détermination», «ça donne envie de faire pareil, d’avoir autant de courage qu’elle».

«Anaïs s’en va-t-en guerre» raconte, sur deux ans, l’histoire d’une femme de 24 ans qui souhaite cultiver et vendre ses propres plantes aromatiques et médicinales (son site : Les tisanes d’Anaïs), près de St Malo, en Ille-et-Vilaine. La première scène est un coup de gueule, «j’en peux plus, j’arrête là, je ne m’installe plus».

Anaïs s’énerve, doute, mais surtout persiste et enjambe les obstacles : embûches administratives, difficulté pour acheter un terrain, conditions de vie précaires mais aussi les découragements de ses confrères. Elle relate dans le film une anecdote : «Il m’a dit que j’étais une nana jeune, qui venait de la ville et qu’en plus j’étais mignonne donc que je n’avais rien à faire dans les champs. Il m’a quand même dit d’aller faire des confitures!».

Peu importe, elle avance contre vents et marées en cultivant ses plantes sur le terrain d’amis agriculteurs. «J’ai failli laisser tomber, plusieurs fois, raconte-elle, mais c’est vraiment ça que je veux faire. Je préfère travailler 60 heures dans mon champ que 35 heures à l’usine. Même si c’est dur, je fais ce qui me plaît, je suis heureuse et libre.»

Un souffle de liberté

Anaïs est confrontée, comme tout un chacun, à des choix, au difficile équilibre entre le besoin d’un salaire et le désir d’épanouissement dans le travail. Elle incarne une bouffée d’oxygène parce qu’elle fait un choix tranché, et c’est sans doute cela qui explique le succès du documentaire.

La réalisatrice, Marion Gervais, l’a suivie pendant deux ans, seule avec sa caméra à la main, dans un champ entre thym et eucalyptus. «Elle a une force extraordinaire, une rage de vivre, une détermination mais aussi des fragilités. C’est ce qui m’a touchée et probablement ce qui émeut le public.» Une héroïne ordinaire finalement, qui nous ressemble, mais qui fait le choix de la liberté, quitte à renoncer au confort.

«C’est un film purement humain qui confronte chacun à ses propres choix. Anaïs a choisi la liberté dans son travail, elle ne se soumet pas et je crois que c’est pour ça qu’il parle autant aux gens».

Anaïs, elle, s’étonne du succès rencontré, des avalanches de coups de téléphone et de courriels reçus. Elle ne s’explique pas vraiment cet enthousiasme généralisé, «je n’ai rien fait de spécial, j‘essaie simplement d’aller au bout de mon projet et je ne comprends pas pourquoi les gens ne s’autorisent pas ça. La plupart des gens subissent leur vie, ils trouvent un boulot alimentaire et puis basta. Au final, ils s’ennuient toute leur vie mais ils ont de l’argent. Moi, je préfère être heureuse sans argent. De toute manière ce n’est pas ce qui m’intéresse.»

Quand internet donne des ailes

Sa passion ce sont les plantes, leurs odeurs, leurs couleurs : marjolaine, anis, origan, camomille romaine, «ce sont mes collègues de travail et je les aime». Grâce au film, Anaïs a pu rencontrer un autre amoureux des odeurs : Olivier Roellinger, le roi des épices. Cet ancien chef étoilé est connu et reconnu pour la qualité de ses produits.

Depuis cette rencontre, il vend les tisanes de la jeune femme dans ses boutiques, et pourtant elle n’en est qu’à sa deuxième récolte. Des restaurants étoilés comptent faire appel à elle. Elle a également rencontré Nicolas Hulot. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane le Foll, a reçu une copie du film.

Ce succès sur internet apporte non seulement reconnaissance mais aussi des moyens financiers déterminants. Des internautes ont créé une cagnotte sur internet pour aider Anaïs à acheter un terrain agricole. 19 000€ ont été récoltés. «C’est clair que sans ce film, et donc sans Roellinger et sans la cagnotte, tout serait différent pour moi», explique Anaïs.


– Marion Gervais –

Quant à la réalisatrice, Marion Gervais, elle est ravie de voir le pouvoir du web. «J’ai fait ce film sans rien et j’apprécie énormément de voir ce que les internautes arrivent à impulser, que ce soit la cagnotte ou le nombre de visionnages. Chaque individu a la capacité d’agir et ce qu’est en train de devenir ce film en est la preuve.»


Anaïs s’en va-t-en guerre, de Marion Gervais sera diffusé sur France 4 le lundi 22 septembre à 23h30.


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Production : Quark Productions
Diffusion : sur TV Rennes, le 17/04/2014, à 20h45

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